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Au Rythme des Lunes : Les Règles à Travers l’Antiquité

C’est en Egypte ancienne qu’apparaissent les premiers éléments de preuve concernant le traitement et la vision des règles à cette époque, ainsi que les protections utilisées. Le dieu Seth était, selon eux, cause des menstruations ce qui leur conférait un aspect surnaturel. Etant un dieu de la souffrance, de la maladie et du mal, cela ne présageait rien de très bon. Elles pouvaient être considérées comme un sujet tabou dans certains temples et en interdisaient dont l’accès aux femmes réglées ; mais tout à la fois, les médecins les traitaient en toute rationalité et avaient déjà identifié certains troubles les affectant comme les aménorrhées. Ils avaient aussi une connaissance assez développée à cette époque sur la santé reproductive. De nombreuses déesses de la fertilité étaient également célébrées comme Bastet, Isis, Taouret …

Les menstruations chez les Égyptiens de l’Antiquité, disposaient de façon générale d’une vision tout de même relativement positive et elles établissaient un statut dans la famille et dans la société. La jeune fille pubère et les femmes réglées avaient des droits et des devoirs dont ne disposaient pas la petite fille ou la femme ménopausée ; ménopause qui mettait fin non seulement à la fécondité mais aussi à la séduction.

 

Les Babyloniens, croyaient que les femmes qui avaient leurs règles contaminaient et détruisaient tout ce qui entrait en leur contact. Dans la loi d’Hammourabi (ensemble de 282 lois inscrites dans la pierre par le roi de Babylone Hammurabi, 1795-1750 av. JC, qui a régné sur la Mésopotamie), les rapports sexuels avec une femme qui avait ses règles étaient punis par la peine de mort.

Les médecins grecs de l’Antiquité, pensaient que la femme, ayant un tempérament « humide », avait un corps qui produisait trop de liquides, et qu’il fallait cet écoulement régulier de sang superflu pour « équilibrer les humeurs ». Pour Hippocrate, le sang des règles était toxique. S’il n’était pas expulsé, il menaçait alors de corrompre les différents organes et de monter au cerveau, justifiant ainsi les sautes d’humeur des femmes pendant leurs règles. Les menstruations étaient à la fois craintes et respectées. Elles pouvaient tout à la fois être considérées comme toxiques donc dangereuses ou comme essentielles dans le traitement de la rage ou comme ingrédient dans les solutions abortives.

Elles étaient à la fois associées à la lune et la fertilité. Selon Aristote, « la lune est un astre femelle, parce que c’est à la même époque que les femmes ont leurs évacuations épuratives et que la lune a son décours, et qu’après l’écoulement et le déclin, les femmes et la lune deviennent pleines de nouveau.

De nombreuses déesses protégeaient les femmes pendant toute leur existence et plus particulièrement pendant leurs règles et leurs grossesses, telles que Déméter, Héra, Artémis …

 

Dans la Rome antique, les règles étaient également craintes avec des superstitions qui suggéraient que le sang des règles pouvait ternir les miroirs, rendre les chiens fous ou encore faire mourir les plantes et plantations. Toutes ces croyances ont conduit à exclure les femmes des rituels religieux et des manifestations de la vie publique lorsqu’elles avaient leurs règles.

Pline l’Ancien, dans son « Histoire Naturelle » a été l’un des auteurs les plus virulents à l’égard des menstruations. En effet, il considérait que la perte de sang menstruel était un poison fatal qui : décomposait l’urine, aigrissait les vins, faisait mourir les greffes des arbres, desséchait les fruits, brûlaient les jeunes plantes, faisait rouiller le cuivre et le fer, infectait l’air, émoussait la pointe du fer … Pline allait même jusqu’à écrire que « les averses de grêle, les tornades de vent s’écartent si le fluide menstruel est exposé à un éclair et les tempêtes ne s’approchent pas. » Autant dire que la femme romaine semblait disposer de pouvoirs surnaturels plutôt effrayants. Apparemment le sang menstruel rendait certains hommes fous et pas que des chiens.

Heureusement, des déesses romaines étaient là aussi pour protéger les femmes pendant leurs règles et leurs grossesses telles que Junon ou Cérès. Junon, protectrice des femmes, elle symbolise le mariage, recouverte de voiles, et elle est associée à la fécondité lorsqu’elle tient une grenade. Déesse de la jeunesse, elle veillait à l’initiation des jeunes filles, à leur rôle de futures mères et intervenait lors du passage de l’état d’enfant à celui de fille nubile.

 

Dans l’Inde antique (VIe siècle av. J.-C.), les femmes devaient s’imprégner de boue avec du fumier et plonger leurs corps environ cent fois dans une rivière pour en obtenir la purification. Dans l’Hindouisme traditionnel, les menstruations étaient associées également à une forme d’impureté. Les femmes avaient l’interdiction de rentrer dans les temples, ne devaient pas faire leurs prières ni assister aux rituels pendant leurs règles.

L’Ancien Testament (pour la Bible chrétienne) ou la Torah (constituée des cinq premiers livres de la Bible hébraïque), et plus particulièrement dans le Livre du Lévitique, détaille les lois concernant une femme pendant ses règles : elle était considérée comme impure pendant 7 jours et tout ce qu’elle touchait pouvait le devenir également. Les relations sexuelles étaient interdites pendant cette période. Les femmes devaient, après leurs règles, suivre un rituel de purification.

« Quand une femme est atteinte d’un écoulement, que du sang, s’écoule de ses organes, elle est pour sept jours dans son indisposition, et quiconque la touche est impur jusqu’au soir. » Lévitique 15 :19-33

Dans le livre d’Ezéchiel, 18 :6 et 22 :10, il est réitéré que l’accès aux femmes pendant leurs règles est formellement interdit, ce qui serait une « abomination ».

Il lui était plus que conseillé pour les femmes de suivre un rituel de purification après ses règles et aller au mikveh pour prendre des bains purificateurs.

 

Dans la Chine antique, un code prévoyait que le sang menstruel ne devait en aucun cas toucher la terre de peur d’offenser l’esprit de la Terre et de la contaminer.

 

Dans le Coran, un hadith affirme que « La femme est en religion inférieure à l’homme du fait qu’elle ne prie ni ne jeûne durant ses règles. » Mais le Coran, aborde la question des règles plus sous un aspect pratique en donnant des directives sur le comportement à tenir pendant les menstruations plus qu’il n’apporte un jugement de valeur.

Ou encore dans Al-Baqarah (2 :222), le verset dit que les menstruations constituent un mal et qu’il faut s’éloigner d’elles pendant cette période. « Quand elles se sont purifiées, alors cohabitez avec elles suivant les prescriptions d’Allah car Allah aime ceux qui se repentent, et Il aime ceux qui se purifient. »

Selon les interprétations les plus courantes des enseignements islamiques basés sur le Coran et la Sunna (pratiques et traditions du Prophète), les femmes sont exemptes de la prière rituelle (Salat) et du jeûne pendant le Ramadan. C’est une exemption considérée comme une miséricorde compte tenu des inconforts éventuels qui pouvaient être vécus pendant cette période.

 

Dans le Nouveau Testament, il est fait mention d’une femme atteinte d’une hémorragie (Marc 5 :25-34 ; Matthieu 9 :20-22 ; Luc 8 :43-48) ; cette femme souffrait d’une hémorragie chronique (depuis 12 ans) et Jésus va la guérir malgré les tabous de l’époque autour de l’impureté des règles. Elle a touché le bord du vêtement de Jésus avec toute la foi qu’elle ressent au plus profond d’elle. Jésus ressent alors cette foi, son désespoir et sa souffrance, et il va la guérir, défiant les normes sociales de l’époque.

La vénération de la Vierge Marie a certainement aussi joué un rôle dans la pensée médiévale. Les vierges étaient souvent considérées comme étant plus proches de Dieu en raison de leur pureté physique. Les menstruations, qui symbolisaient le passage à la maturité sexuelle et reproductive, étaient donc en contradiction avec cet idéal de virginité et ne faisaient que renforcer l’image d’impureté, provoquant par là-même un rejet encore plus grand des femmes menstruées.

Pour Saint Denis d’Alexandrie, un des Pères de l’Eglise et évêque d’Alexandrie, « la femme qui a ses règles ne doit pas s’approcher de la Saint Table (autel, référence à la Cène et à l’Eucharistie), ni toucher le Saint des Saints (tabernacle où est gardé le « corps du Christ » sous forme d’hosties, ni aller dans une église, mais doit prier ailleurs. » Pas très sympa ce Denis.

Bien sûr, en dehors des grandes traditions religieuses très ancrées et organisant toute la vie de la société et ses pratiques, des croyances, des traditions et des superstitions locales ont apporté une autre interprétation des règles en leur accordant un aspect plus magique et bénéfique que ce que pouvait véhiculer le discours chrétien officiel.

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