bienelles.com - Sous les Jupons de l'Histoire : Comprendre les Menstruations au 19ème Siècle

Sous les Jupons de l’Histoire : Comprendre les Menstruations aux 19ème et 20ème Siècles

Les préjugés populaires malgré tout ont la vie dure surtout quand ils sont relayés par le discours médical. Une femme qui a ses règles est impure et elle doit donc se purifier par une toilette quotidienne tandis que l’homme doit fuir à tout prix son contact. Pendant cette période, elle doit être isolée et ‘il est interdit à l’homme de reposer avec elle dans le même lit. » Derrière ces préoccupations hygiéniques, il semble évident que les injonctions médicales rejoignent les préjugés unanimement partagés : à savoir que la femme « indisposée » est souillée.

Tout ce qui se rattache aux menstruations renvoie à la nocivité de la femme réglée et à l’influence prétendument néfaste qu’elles exerceraient, à ce moment particulier du mois aussi bien sur les personnes, sur les animaux ou sur les plantes.

Dans de nombreuses régions françaises, on imagine encore que la femme pendant ses règles possède « le pouvoir de faire pourrir la viande, notamment la chair de cochon. »


En Limousin, encore au début du XXème siècle, les femmes qui ont leurs règles ne peuvent pas s’approcher des ruches car par leur seul regard elles pouvaient soi-disant les faire mourir. Dans le nord de la France, ce sont les raffineries de sucre dont l’accès leur interdit pendant cette période, sous peine de voir le sucre noircir. En Anjou, elles pouvaient tuer les chenilles et dans le Morvan, les sauterelles, pratiques pour protéger les récoltes toutefois.

Jusque dans la seconde moitié du XXème siècle, les règles jouaient aussi le rôle d’affichage de la sexualité. De nombreux médecins faisaient le lien entre les menstruations et la sexualité. Les femmes dites « voluptueuses » auraient eu des règles plus abondantes que les femmes dites « froides et indifférentes aux hommes ». Pourtant la majorité des médecins déconseillent les rapports sexuels pendant les règles comme le faisaient déjà les Anciens. Et cela pour deux raisons : parce que pendant cette période, les femmes sont plus nerveuses et plus irritables et parce que ce serait dangereux pour les hommes qui pourraient être contaminés par des microbes.

La plupart des médecins étant des hommes, ils ont continué à véhiculer les préjugés et les mythes les plus ineptes surtout parce que la femme réglée continue à faire peur. Pourtant, lorsque la femme n’a plus ses règles parce qu’elle attend un enfant, ou pour toute autre cause d’aménorrhée, la femme perd son pouvoir inquiétant pour devenir vulnérable. Yvonne Verdier, en 1979, dans son ouvrage « Façons de dire, façons de faire. La laveuse, la couturière, la cuisinière », souligne que « quand elle ses règles, elle présente un côté menaçant ; quand elle est enceinte, elle expose son côté vulnérable. »

Dans l’entre-deux-guerres, la médecin et féministe Ch. Bailly, dans sa thèse de médecine en 1923, récuse enfin ces préjugés d’impureté et assure qu’il n’y a pas de différence entre sang menstruel et sang normal hormis la présence de sécrétions vaginales.

Au tournant du siècle, les menstruations sont considérées comme une condition de bonne santé, indispensable au corps sain et même indispensable à la féminité. Ce « balancier interne qui fait le juste équilibre féminin » selon Yvonne Verdier et relie ainsi le cycle parfait de l’univers celles dont la mission principale sur terre est d’enfanter. Toute perturbation, retard ou absence de règles sont alors considérées comme contre-nature car ils pourraient menacer la santé et la fonction féminine.

La puberté, la grossesse et la ménopause vont alors apparaître comme trois moments dangereux au cours desquels les femmes pouvaient être exposée à une auto-intoxication. Considérations dans lesquelles nous ne rentrons pas ici, mais qu’il serait intéressant de développer par ailleurs.

 


Et aujourd’hui, où en sommes-nous ?

Malgré de nombreux progrès, le sang menstruel reste, encore aujourd’hui, connoté à un certain nombre d’a priori dans l’inconscient collectif. Certes, les anciennes croyances et les préjugés ancestraux tendent à disparaître très progressivement, enfin pas dans tous les pays (cf. § « Les règles dans le Monde »), les publicités aborder la question pour commercialiser les tampons et les serviettes périodiques. Toutefois, le sang reste banni et remplacé par des liquides colorés …, bleus le plus souvent, et les messages publicitaires mettent surtout en avant le caractère invisible de leurs protections.

Cachez ce sang que je ne saurais voir comme aurait pu l’écrire Molière dans la phrase de Tartuffe, dans la pièce « Le Tartuffe ou l’Imposteur de Molière » :

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

   Par de pareils objets les âmes sont blessées,

   Et cela fait venir de coupables pensées. »

 (Acte III, scène 2).

Et comme Edgar Morin le soulignait si justement la représentation du sang reste taboue, ignorée, et les règles demeurent, ce qu’une femme doit avoir absolument et ce qu’elle doit absolument cacher.

Heureusement de nombreuses femmes dans le cadre de leurs sites internet, de leurs livres et leurs bandes dessinées, de leurs associations exposent le sujet en toute transparence et bienveillance, avec courage et humour. Elles se font les ferventes défenderesses de la cause féminine, contre le tabou des règles et la précarité menstruelle.

 

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